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Pièges mortels

 

LE 07/02/2006 : Albi. Le rapace est protégé. Un jeune chasseur condamné pour avoir tué un milan noir "Des personnes m'avaient dit que des poussins étaient attaqués..." a fait valoir le chasseur. Agé de 20 ans, il a comparu devant le tribunal correctionnel d'Albi pour avoir tué à coups de baton un milan noir, le 2 juillet 2005 à Valdériès (Tarn). Le rapace était rentré dans une cage-piège destinée aux corneilles. Le jeune est condamné à payer 1800 euros pour "destruction d'animal protégé".

1800 euros, c'est déjà pas mal. D'habitude, dans les cas de ce type, il n'y a pas de sanction, ou bien une sanction symbolique. 1800 euros, c'est beaucoup mieux que 10 heures de TIG. Ce qui est beaucoup moins bien, en revanche, c'est que la cage-piège en soi ne suscite aucune interrogation, comme elle est " destinée aux corneilles ". Celles-ci, on peut , sans risque aucun, les tabasser à mort. On a le droit. En France un décret ( n° 88-940 compété par un arrêté) énumère les animaux sauvages susceptibles d'être classés "nuisibles". Les espèces d'oiseaux qui y figurent sont au nombre de six : Corbeau freux, Corneille noire, Pie bavarde, Geai des chênes, Etourneau sansonnet, Pigeon ramier. Il est à noter que ce n'est pas parce qu'une espèce apparaît dans cette liste qu'elle sera forcément toujours et partout classée comme " nuisible". Dans chaque département le préfet doit fixer, annuellement, la liste départementale des " nuisibles ". En réalité c'est généralement la tacite reconduction qui fige comme dans le marbre une liste jamais revue. Pourtant, seules trois raisons peuvent légalement justifier le classement d'une espèce parmi les " nuisibles". Voici ces raisons :

1) l'intérêt de la santé et de la sécurité publiques

2) la prévention des dommages importants aux activités agricoles, forestières et aquacoles.

3) la protection de la flore et de la faune

La chasse, même dans ce paradis des Nemrods, est limitée dans le temps et connaît chaque année cette période pénible de quelques mois qu'on appelle " la fermeture". Cependant, les chasseurs, par définition, aiment par-dessus tout tuer. Alors, comment nourrir sa passion, quand on est chasseur, pendant cette bizarrerie du calendrier ? Eh bien, on s'occupe des NUISIBLES, car pour eux il n'y a pas de fermeture. En plus de rendre un fier service à la santé publique et à la réussite des récoltes, et tout en protégeant faune et flore ensemble, on entretient sa passion, on évite de perdre la main, on se rencontre " sur le terrain", ou au bistrot, pour échanger de palpitantes histoires de "nuisibles" mis hors d'état de nuire, grâce à qui ? Et oui, encore eux. Malheureusement, le chasseur moyen - de toute façon, ils le sont tous, malgré leurs dénégations - souffre de graves lacunes de connaissance en matière de faune sauvage. C'est cela qui explique ces regrettables massacres de " Corneilles à tête rouge", autrement dit, de Pics noirs. Ou bien ces grues, cigognes, butors ou aigrettes qui se mettent exprès sur la trajectoire des tirs pendant, ou hors de, l'ouverture, alors qu'on voyait, et visait, un faisan. De plus, le chasseur, contrairement à nous, voit clair dans le noir. Il distingue le moindre détail, au point de déterminer des espèces qui posent problème même en plein jour aux ornithologues les plus expérimentés. Sûr, ces derniers n'ont pas l'avantage de pouvoir vérifier, post mortem, l'exactitude de leurs intuitions...........

Une des méthodes les plus prisées pour neutraliser les "nuisibles" reste le piégeage. Il existe une grande variété de pièges pour oiseaux. Certains sont aujourd'hui interdits. Théoriquement. La cage-piège présente l'avantage, si elle est conçue astucieusement, de pouvoir attraper plusieurs, voire beaucoup, d'oiseaux sans que le piégeur soit obligé de s'en préoccuper à chaque instant. En tous cas, aucune de ces cages-pièges n'est sélective. On y dispose des appâts propres à attirer les espèces visées. On y met par exemple du maïs, ou des fruits. Mais beaucoup d'espèces d'oiseaux mangent du maïs ou des fruits. Ainsi, n'importe quel granivore, frugivore ou omnivore peut s'introduire dans ces pièges. Ensuite, comme il s'y trouve des oiseaux , plusieurs espèces de rapaces ornithophages ou bien charognards seront tentées elles aussi.

>> Pourquoi charognards ? Eh bien, parce que, quand on rapproche de façon fortuite des oiseaux d'espèces très diverses, tout en les privant de la possibilité de s'éloigner, il s'ensuit souvent une certaine mortalité. Le Milan noir, tout en étant un rapace, se nourrit essentiellement d'animaux morts.

Vous n'avez peut-êtrte jamais vu une cage-piège de grande taille. Autrefois, on les voyait facilement. Depuis que la plupart des espèces d'oiseaux bénéficient d'un statut de protection, on voit beaucoup moins ces pièges. Ce n'est pas qu'il y en a moins, mais ils sont soigneusement dissimulés à la vue des passants, car, comme j'ai dit, ils ne sont absolument pas sélectifs, et aujourd'hui un petit pourcentage de la population connaît la loi sur les espèces protégées. Mais quand on connaît son coin, et qu'on cherche un peu, on trouve sans trop de mal l'emplacement de ces ouvrages de mort. Les chasseurs haïssent les pies au motif qu'elles " détruiraient le gibier". Ils leur destinent souvent des petites cages contenant une pie dite " appelant". Les chasseurs, comme beaucoup d'agriculteurs haïssent les freux et les corneilles parce que ces bêtes-là, figurez-vous, elles mangent. Oui. C'est indéniable. Et il leur arrive de manger les semis, surtout de maïs. ( Ai-je besoin de vous rappeler l'énormité de la destruction que l'on doit à la culture de ce dernier ?) Et comme ces oiseaux-là sont assez grégaires, on leur destine des TGC-P, ou Très Grandes Cages-Pièges. Elles font 3 ou 4 mètres de long sur 2 de large et de haut. Il arrive qu'on y voit des oiseaux très divers, vivants ou morts, car le paysan n'a pas forcément le temps de les contrôler. Quand enfin il va y faire un tour, c'est pour exterminer. Il fait ça le plus souvent à coup de bâton ( ainsi ce milan ) ou bien à mains nues. Ce n'est pas interdit.

Les paysans utilisent aussi beaucoup de Corbodor ou de Tudor Corbo (alphachlorolose dans les deux cas). Le résultat est le même. Et ces produits sont en vente libre. Ils sont souvent appréciés des agriculteurs bios car ils ne contaminent pas, en principe, le sol. Si les Alfies voulaient agir au mieux, et délivrer des animaux qui sont parfaitement aptes à vivre de façon autonome dans leur milieu naturel, je leur suggère de traquer les cages à "nuisibles" et d'intervenir là, où c'est vraiment utile. Mais, avant de libérer les prisonniers, bien vérifier qu'aucun d'entre eux n'ait été mutilé. Souvent, "on" rogne les plumes de vol des appelants, ou on les "éjointe", c'est à dire qu'on leur ampute la main. Dans ces deux cas, l'oiseau est incapable de voler. Il est donc condamné à une période plus ou moins long d'angoisse, de frayeur, avant d'être la victime d'un prédateur quelconque. On ne relâche pas ces oiseaux-là.

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